Cisjordanie Israel Voyage Intérieur

J’ai été témoin de paix en Israël et Palestine

charlotte a été témoin de paix en israel et palestine

Je vous ai raconté dans mes deux précédents articles à quel point j’ai aimé Jérusalem et la Cisjordanie. Mais plus qu’y voyager, j’y suis partie en tant que témoin de paix. Envoyée par le DEFAP (service protestant de mission, même s’il n’est pas obligatoire d’être protestant, ni même croyant pour participer ; conditions d’admission ici) pour le programme EAPPI (programme d’accompagnement œcuménique en Israël et en Palestine), j’ai passé trois mois à Jérusalem en qualité d’accompagnatrice et d’observatrice internationale. Il s’agit d’une mission où on accompagne les populations locales dans les aspects de leur vie impactés par le conflit. Nous assurions une présence protectrice et dissuasive et toutes nos missions et nos observations faisaient l’objet de rapports.

Le récit de mon expérience en tant que témoin de paix en Israël et Palestine

Accès au travail et au lieu de culte après la construction du mur de séparation

Deux fois par semaine, nous surveillions le checkpoint de Qalandiya qui ne se trouve pas sur la ligne verte, frontière dessinée par l’ONU. Tous les matins, des milliers de palestiniens attendent en file des heures dans une cage géante dès 4h30 du matin pour aller travailler, ou dès 8h00 du matin pour aller prier à Jérusalem. Comme eux, nous attendions des heures que les portiques électroniques s’ouvrent pour se faire contrôler. Nous observions si les normes de sécurité étaient respectées et si l’atmosphère était calme ou tendue. Nous étions également à l’écoute et chacun pouvait venir nous voir pour nous rapporter un problème. Ils avaient l’habitude de nous voir et tout le monde se montrait bienveillant à notre égard, certains nous apportant même un petit déjeuner !

Accès à l’éducation dans la vieille ville

Nous surveillions aussi le chemin du lycée de la vieille ville. Il peut paraitre exagéré d’accompagner des lycéens à l’école, mais c’est pourtant nécessaire car l’accès à l’éducation n’est pas toujours évident. Ils se font contrôler, fouiller et arrêter en pleine rue. Durant mes 3 mois là-bas, 10 mineurs ont fait de la prison (même avant qu’un procès ait eu lieu).

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Les Bédouins de la zone E1

La plupart des nomades du Néguev l’ont quitté en 1948, et depuis, certains se sont installés dans les environs de Jérusalem, du côté Palestinien. Pourtant, certaines communautés sont menacées d’expulsion afin que le gouvernement puisse étendre ses colonies. Les colonies sont illégales, non seulement selon le droit international, mais aussi selon la loi israélienne. Le nomadisme représente pour moi la liberté, mais là-bas, les bédouins sont dans une prison à ciel ouvert, enclavés entre les colonies qui se répandent.

Les démolitions

Nous suivions également le cas des démolitions. Il y a trois causes à cela : l’absence de permis de construire (13% du territoire de Jérusalem reste à l’usage des palestiniens et 7% des demandes de permis aboutissent), les punitions collectives (interdites par le droit international) et l’usage politique de l’archéologie. J’ai accompagné des familles qui vidaient 20 ans de souvenirs de leur maison dans l’attente d’être démolie ; visité des maisons qui s’effondrent en raison de fouilles menées dans le but de les détruire ; ainsi qu’assisté à des démolitions que ce soit d’un immeuble dans un camp de réfugiés surpeuplé ou d’une école dans une communauté de bédouin.

L’esplanade des mosquées

L’esplanade des mosquées est un lieu aussi paisible que sensible. Si j’aimais cet endroit, j’y ai tout de même senti les tensions. L’armée escorte des groupes religieux non musulmans à l’intérieur de ce lieu saint malgré l’interdiction par la loi israélienne de prier et de porter des signes religieux ostentatoires pour les non musulmans. En plus de briser ses lois, cela brise la sérénité du lieu.

Soutien et rencontre avec les activistes pacifistes israéliens

Ils se battent pour et aux côtés des palestiniens. Nous avons rencontré de nombreuses associations et des activistes. Ils osent ce que peu de nous entreprennent : ils portent un regard critique sur leur société et leur gouvernement, ne se rangent pas du côté de l’opinion majoritaire par facilité et ne cèdent pas au repli identitaire. Ils préfèrent s’attarder sur les ressemblances et s’enrichir de leurs différences. Ces personnes m’ont incroyablement inspirées et enrichies et méritent d’être reconnues.

Tout ce que j’ai entrepris là-bas, je l’ai fait sous le signe de la non-violence et de manière impartiale. La non-violence, par ce que c’est pour moi le seul moyen de combattre et de mettre fin au cercle de la violence. Impartiale, parce que j’ai passé du temps avec des activistes israéliens et palestiniens, et que notre seule référence est le droit international. Car ce n’est ni une question de droit du sol, de droit divin ou de droit du sang, c’est juste une question de droit. Aucun rapport avec une quelconque nationalité, citoyenneté, identité, c’est seulement à propos de l’humain.

Même si les événements récents prédisent le contraire, Jérusalem signifie étymologiquement « ville de paix » et j’espère de tout cœur qu’elle va le redevenir.

Fanny et Ornella, les co-fondatrices des Exploratrices, ont interviewé Charlotte sur son expérience de Témoin de Paix

Pourquoi as-tu souhaité être témoin de paix en Israël ? Que recherchais-tu ?  

C’est un programme que j’ai connu grâce à une amie de la famille à l’âge de 14 ans. C’était justement la dénomination « Témoin de paix » qui m’avait marqué à l’époque. Tellement marquée que 8 ans après, j’ai voulu à mon tour le devenir. C’était cette année l’occasion car j’ai voulu prendre une année de césure entre ma licence et mon master pour quitter un temps les bancs de la fac pour le monde réel. Ce n’est pas ma première expérience dans la solidarité internationale, mais je voulais un engagement plus long et plus profond. Alors de nouveau, je suis partie car il n’y a rien pour moi d’aussi instructif et inspirant que de quitter sa zone de confort et de se confronter à d’autres réalités bien plus difficiles que la nôtre. De plus, cette région du monde m’attire et m’intéresse de par mon passé familial, mes études et la culture dans laquelle j’ai grandi. Je voulais donc m’y rendre avec un projet sous le signe de valeurs auxquelles je crois : la solidarité et la non-violence.

As-tu trouvé des réponses à tes questions ? Cette expérience t’a-t-elle apporté ce que tu recherchais ?

Moi qui voulais me confronter à une réalité plus difficile que celle de mon quotidien, j’ai été servie. Si j’ai réalisé là-bas que la situation est pire que ce qu’on imagine, ça a également été une incroyable leçon de vie, de courage et d’humanité. Leçon reçue par des personnes qui n’ont presque plus rien à quoi se rattacher mais qui se battent quand même pour ce qui est juste et pour ce en quoi elles croient. Je suis persuadée que c’est de ceux qui n’ont rien qu’on apprend tout. Ça a été un rappel qu’il ne faut pas faire passer de la haine pour de la foi, des intérêts pour des valeurs, de l’intolérance pour une quelconque morale religieuse.  Et ne laisser personne vous persuader du contraire. Alors même si ce n’est pas facile au quotidien, il faut se rappeler de se battre et de s’indigner contre l’injustice. Il ne faut pas se référer à notre nationalité ou appartenance religieuse mais à notre sentiment commun d’humanité.

Tu as été la plus jeune témoin de paix de ce programme. Quelles ont été les difficultés que tu as rencontrées sur le terrain ? Est-ce que ton jeune âge t’a facilité la tâche ?

Je n’ai pas rencontré de difficultés sur le terrain mais seulement lors de mon admission. Je n’avais pas l’âge minimum requis pour participer au programme. J’ai donc dû convaincre l’association qu’il pouvait me faire confiance et donc faire mes preuves. J’ai ainsi testé ma motivation, ce qui fait que je suis arrivée sur le terrain plus motivée que jamais, voulant être à la hauteur de ceux qui m’ont fait confiance.

charlotte a été témoin de paix en israel et palestine

Le fait d’être une jeune femme dans ce programme est-il un frein ?

Et non ! Déjà, nous étions plus de femmes dans ce programme. Dans l’équipe de Jérusalem, nous étions d’ailleurs trois femmes. Nous craignions que ce soit un obstacle, mais ça nous a au contraire ouvert des portes. Aussi traditionnels que pouvaient être certains de nos contacts, nous avons toujours été reçues plus que chaleureusement et avec respect. En tant que femmes, nous avons aussi pu rencontrer des associations féminines et féministes, ce qui n’aurait pas été possible avec un homme dans l’équipe !

Quelles étaient tes plus grandes craintes avant de partir ? Et finalement, sur place, étaient-elles différentes ? 

J’avais peur de ne pas être à la hauteur. La situation est si complexe que j’avais peur d’être perdue et submergée par émotions. Mais j’ai eu la chance d’être en équipe avec deux femmes extraordinaires. Toutes les trois nous formions une équipe de choc et ensemble je pense qu’on a mené à bien notre mission dans les limites de nos capacités. La solidarité et la confiance en vigueur entre nous a été un véritable moteur.

Cette expérience de témoin de paix t’a-t-elle transformée ? A-t-elle eu un impact sur ton orientation professionnelle ?

Je pense que cette expérience m’a endurcie tout en me rendant plus sensible. Incompatible ? Non. S’il y a des sujets qui me touchent d’avantage, je sais que je peux m’engager à les défendre. Aussi petite soit-elle, je peux apporter mon aide à mon échelle. Je continue d’ailleurs mon engagement depuis mon retour, mais dans un autre cadre. Je suis assistante chef de projet pour le comité ICP (Intervention Civile de Paix), association engagée dans la solidarité internationale et le domaine de la non-violence. Je travaille sur une formation à l’intervention civile de paix. C’est en ce sens que mon expérience a impacté mon orientation professionnelle : je souhaite à présent promouvoir les solutions non violentes et à l’échelle des civils.

Comment partages-tu ton expérience de 3 mois en Israël et Palestine depuis que tu es rentrée ? Dans quel cadre et dans quel but ?

Quand on est accepté, on s’engage non seulement à partir 3 mois sur le terrain mais aussi à témoigner à notre retour. J’organise donc des conférences, participe à différentes interventions et écris des articles ou répond à des interviews. Je témoigne dans tous les domaines, aussi bien universitaire, qu’associatif et culturel. Je souhaite ainsi partager mon expérience de terrain et sensibiliser le plus grand nombre sur ce sujet.

Un conseil pour les personnes qui nous lisent et aimeraient participer à ce programme et faire comme toi ? Comment le rejoindre ? Peut-on « postuler » ?

Pour participer à ce programme, il faut être très motivé ! Votre parcours personnel et professionnel est pris en compte comme vos connaissances sur le conflit (pas besoin d’être un expert non plus, mais il faut savoir de quoi on parle). Ensuite, il faut contacter le DEFAP, vous pouvez me contacter pour plus d’infos !

charlotte a été témoin de paix en israel et palestine


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4 Commentaire

  • Répondre
    Florence
    1 juin 2018 at 12 h 31 min

    C’est une superbe expérience ! Merci pour ce témoignage 🙂 C’est un conflit qui existe depuis tellement longtemps que pur beaucoup de monde, « il est normal ». Beau projet

    • Répondre
      Charlotte
      4 juin 2018 at 10 h 48 min

      Mais de rien et merci pour ce gentil commentaire!

  • Répondre
    Raph
    28 mai 2018 at 9 h 46 min

    vraiment sympa cet article, hâte de lire la suite

    • Répondre
      Charlotte
      28 mai 2018 at 11 h 07 min

      Merci beaucoup! Je suis contente que l’article plaise!

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