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Femme d’expat : comment trouver sa place ?

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Ma nouvelle vie en temps que « femme de » m’a fait revoir ma façon d’appréhender la vie dans sa globalité. Comment trouver sa place en tant que femme d’expat sans enfant ? Avant de partager avec vous mes pensées, voici quelques détails sur nos conditions de vie, histoire que vous sachiez un peu qui vous parle.

Devenir femme d’expat

Depuis mars 2015 pour moi, et janvier 2015 pour monsieur, nous vivons à Taiwan. Mon mari a un contrat d’un an, renouvelé une fois déjà. Il a un permis de travail qui a la même durée que son contrat, et moi, un permis de séjour qui a la même durée que le visa de mon mari. Mon mari est sous-chef dans un restaurant français mais est employé par une entreprise taïwanaise. [Question terminologie : nous sommes des « expatriés », car nous n’avons aucun lien avec la France, nous payons nos impôts à Taiwan et dépendons de la sécu locale. Les français envoyés par une boite française dans un autre pays sont des « déplacés », car en réalité ils dépendent toujours du système français].

Avant de partir, je travaillais dans l’hôtellerie de luxe sur Courchevel, je gagnais relativement bien ma vie, j’avais mes copines, ma famille et mon indépendance financière. A 28 ans, je me suis retrouvée en Asie, sans permis de travail, à vivre au crochet de mon mari, sans connaitre la langue… Bref, autant dire que ça change ! Voici donc, pour celles qui se posent des questions, mes conseils, tirés de mon expérience, pour gérer au mieux cette nouvelle vie de femme d’expat.

femme d'expat en cuisine

Le Travail ou parfois l’absence de travail…

Lorsque vous vous retrouvez face à un départ à l’étranger, vous aurez des choix à faire vis-à-vis de votre vie professionnelle :

1- Votre profession ne nécessite pas de parler la langue locale ?

Vous êtes supra qualifiée et aucun local n’aura votre savoir faire (en gros, vous êtes unique et irremplaçable) : vous pourrez probablement trouver, tout comme monsieur, une entreprise qui sera prête à vous payer un permis de travail.

2- Vous êtes dans l’enseignement ?

Vous aurez toujours la possibilité de vous rabattre sur l’école européenne locale.

3- Vous souhaitez vous reconvertir pour avoir une profession qui s’exporte plus facilement ?

C’est le moment idéal de reprendre les études. Ou alors votre profession est digitale ? A l’ère du numérique, rien de plus facile. Mais attention, en Asie en tout cas, la concurrence est rude et les tarifs s’alignent aux salaires locaux (donc plus bas qu’en France).

4- Vous choisissez de ne pas travailler ?

Et pourquoi pas ?! Il ne faut pas se leurrer : l’option numéro 1 n’arrive quasiment jamais ! Ou alors si elle arrive, vous pouvez dire adieu à l’idée de fonder une famille : les 35h, ça n’existe qu’en France ! La reconversion professionnelle n’est pas si rare. Certaines de mes amies expatriées l’ont fait et sont pour la plupart ravies de leur choix.

Cependant, il est difficile, d’autant plus en Asie où il y a peu de crèches car les locaux font garder leurs enfants par d’autres membres de leur famille, de mener de front deux carrières et une famille. La plupart d’entre elles ont arrêté de travailler à la naissance des enfants. Le manque de support familial de la vie d’expatriés se fait particulièrement ressentir dans ces moments-là.

Conclusion ?

L’option 3 est en quelque sorte un idéal, pour ma part. Le fait de pouvoir travailler à la maison, gérer son planning comme on l’entend. Malheureusement, je ne suis ni graphique designer, ni traductrice et l’idée de retourner à l’école m’hérisse le poil ! Si un jour vraiment je finis par m’ennuyer (ce qui est loin d’être le cas), je retournerai peut-être en cours, mais pour le moment ce n’est pas prévu.

L’option 4 est souvent celle que l’on choisit ou que l’on subit. Vous n’aurez plus l’occasion de vous présenter par votre titre professionnel (mais plutôt par celui de votre mari…) ! Adieu la fierté de donner sa carte de visite en se présentant (quoique j’en ai bien fait une pour mon blog) ! Il faudra créer une nouvelle « vous », en mieux, car plus aucune contrainte ! Certains hobbies vous plairont peut-être tellement que finalement ça vous donnera envie de monter votre propre boite. Et d’autant plus si vous vous rendez compte que ce hobby s’exporte facilement de pays en pays ! Parce qu’il faut l’avouer : si cette expérience de vivre à l’étranger vous plait à tous les 2, il y a peu de chance que vous ne testiez qu’un seul pays !

J’ai personnellement « choisi » l’option 4. Au début, je le percevais plutôt comme un handicap. J’ai mis un peu de temps à comprendre que ce n’est pas parce qu’on ne travaille pas qu’on devient débile ! Au contraire ! Quand je travaillais, je mettais mes connaissances en application. Maintenant, je les mets en application mais surtout j’apprends tous les jours de nouvelles choses ! Et ça, je ne le faisais plus en France, prise dans mon train-train quotidien. On se découvre en tant que personne et non pas en tant que professionnelle.

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Le rapport à l’argent

Forcément, quand on ne travaille pas, on dépense l’argent de son conjoint… C’est un ajustement ! Honnêtement, on s’y fait et puis, de toute façon on n’a pas le choix. J’avoue que j’ai parlé de ce sujet avec d’autres femmes dans ce cas, et ça ne dérange personne, puisqu’on n’a pas le choix ! Et si votre conjoint vous aime, il l’aura bien compris. C’est un geste d’amour que de tout lâcher pour le laisser, lui, vivre sa carrière à fond !

J’ai personnellement trouvé des moyens de me faire « de l’argent de poche » avec les babysittings et la location de ma chambre d’amis sur Airbnb. Ça me permet de faire des cadeaux à mon chéri avec mes sous, et de me payer mes billets d’avion lors de nos voyages.

La communication avec votre conjoint

C’est vraiment le conseil Number 1 que je puisse vous donner ! Croyez-moi : j’ai vu des couples se séparer pendant une expatriation juste à cause d’une mauvaise communication. Fixez vos limites personnelles AVANT de signer le contrat.

Mon mari m’avait dit avant qu’on parte : « Ma chérie, ne t’inquiètes pas : si Taiwan ne te plait pas, on rentre en France ». Cette phrase n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde… J’ai vécu au jour le jour pendant plusieurs semaines, le temps de m’acclimater, prendre mes marques, et ce, sans aucune pression de sa part, car je savais qu’on pouvait rentrer à tout moment. Il faut que le conjoint soit compréhensif et patient. Pour lui, au final, ça ne change pas grand-chose par rapport à la France. Par contre, pour nous… rien n’est plus pareil.

La question des enfants en tant que femme d’expat

J’ai, depuis mon arrivée, rencontré de très nombreuses mamans expatriées. Cependant, nous sommes très peu à être femmes d’expatriés sans enfant. Pourquoi ? J’ai donc posé la question directement à ces mamans, et elles m’ont répondu, que « tu ne seras jamais plus disponible pour tes enfants que quand tu ne travailles pas ». C’est bête comme réponse, mais c’est vrai ! On a du temps, on n’a pas de carrière pour la plupart, alors si les enfants sont prévus dans un futur plus ou moins proche, c’est le moment de les faire !

Je tiens à souligner qu’il y a de moins en moins de familles nombreuses expatriées car les contrats sont de moins en moins intéressants financièrement parlant. De plus, les écoles internationales sont vraiment très chères (environ 10000 euros l’année). Il est donc difficile de nos jours d’avoir ce train de vie fastueux auquel certaines familles ont eu droit, il y a 15 ans de ça.

Autre point : de plus en plus de papas suivent leurs épouses à l’étranger ! Je n’en connais pas personnellement, mais j’imagine que ça doit être encore plus difficile pour eux, dans le sens où toutes les activités proposées par les associations pour expatriés sont axées sur une cible féminine…

femme d'expat

Ouvrir son esprit & être curieuse

Le plus difficile pour moi, a été de me créer une routine, un quotidien. C’est à vous de vous lever le matin, de chercher des activités pour vous occuper et à remplir vos journées pendant que votre conjoint travaille. Et le mien travaille minimum 14 heures par jour, donc je sais de quoi je parle ! Autant vous êtes financièrement dépendantes, autant vos journées sont totalement indépendantes !

Vous pouvez donc faire CE QUI VOUS PLAIT. Vous pouvez faire tout ce qui vous passe par la tête. Moi, je savais que j’aimais les arts créatifs : mes choix se sont assez rapidement portés sur la poterie et la photographie. Je sais que de nombreuses femmes en France ne vivent que par leur travail et qu’elles ne savent pas ce qui leur plairait en dehors du boulot. L’avantage dans la situation de femme d’expat, c’est que vous pouvez tester un tas d’activités.

Mon expérience :

Depuis que je suis arrivée, j’ai fait du yoga aérien, du pilates, de la couture, un cours de calligraphie, des cours de dégustation de thé, des visites guidées, du babysitting, des cours de photo, des cours de cuisine, des randonnées, accueilli environ une centaine de clients Airbnb dans ma chambre d’amis, du sport, la visite d’une ferme, d’une fabrique de sauce soja, de thé, de soda, de biscuits à l’ananas, d’une plantation de fruit du dragon et d’oiseaux de paradis… fait 2 fois le tour de Taiwan en voiture avec la famille, un voyage au Japon, 2 voyages à Seoul, 1 voyage à Singapour, 1 voyage à Bali (le 2ème est en préparation), 1 voyage à Hong-Kong, créé 2 blogs, écrit aux Exploratrices…

Ma liste n’est pas exhaustive… Il y a un tas de choses que je n’ai fait qu’une seule fois ! Et alors ? J’ai vu ce que c’était ! J’ai essayé. Certaines m’ont d’ailleurs plu… mais on ne peut pas tout faire dans la vie !

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Les nouvelles rencontres

Lorsque l’on change de vie, à l’étranger ou non, il faut recommencer sa vie sociale. Je trouve personnellement que c’est difficile, du moins à Taiwan, de se faire de vrais amis locaux. Globalement, pour rencontrer des locaux, peu importe l’endroit, il vaut mieux parler leur langue. Or, je ne parle pas chinois. Du coup, les taïwanais avec lesquels j’accroche bien et que je vois régulièrement sont pour la plupart des « occidentalisés » : ils ont vécu à l’étranger, parlent anglais couramment et sont considérés comme des personnes « bizarres » dans leur propre société. C’est très étrange, car moi, ils me paraissent normaux !

Par la force des choses, on finit donc toujours par se faire plus d’amis expatriés que locaux, tout simplement à cause de cette barrière de la langue… C’est un peu dommage, mais ça fait partie de l’expérience d’une femme d’expat.

Les voyages

Nous avons pas mal voyagé et toujours à deux. Je vois mon mari tellement peu au quotidien que je ne me vois pas lui dire: « salut, j’me casse à Bali sans toi 10 jours » ! C’est peut-être ma culpabilité qui parle… Mais en même temps, je n’éprouve pas le besoin de partir seule. Je suis tellement contente de partager tout ça avec lui !

Par contre, c’est vrai qu’un week-end par-çi par-là ne me déplairait pas. Je ne sais pas trop pourquoi je ne l’ai jamais fait… En plus l’Asie c’est tellement « safe » que je ne m’inquiète pas pour ma sécurité et mon mari non plus !

taiwan en tant que femme d'expat

La vie de femme d’expat

La vie de femme d’expat est une vie de battante. Elle n’est pas faite pour tout le monde. Il ne faut pas avoir peur de faire des choses inconnues, de parler à des inconnus, de se lancer, de s’ennuyer aussi. J’avoue que certaines journées tirent parfois un peu en longueur… mais c’est pas grave ! Ca s’appelle une mauvaise journée. Demain sera différent.

No pressure

On n’a qu’une vie et il ne faut pas se la pourrir si le pays ne plait pas à l’un ou l’autre. L’essentiel c’est d’être heureux, de profiter, découvrir, vivre à fond. Si vous n’êtes pas heureuse ici, déménagez ! Et soyez heureuse ailleurs !

Soyez fière de vous !

Je suis personnellement fière d’avoir réussi à construire ma vie de femme d’expat ici sans aucun support familial ni professionnel. C’est un sacré challenge et je l’estime relevé ! La vie que j’ai me plait. J’ai la chance d’être disponible sans réserve pour mon mari quand il est en repos (sachant qu’en France on pouvait passer 3 semaines sans un repos en commun…), de pouvoir partir en vacances quand on veut (car je suis en vacances toute l’année moi) ! Ma confiance en moi est reboostée comme jamais elle ne l’a été, et ça, ça n’a pas de prix !

Cette vie vous offre des opportunités inédites et uniques. La chance de vous connaitre mieux, de ne faire que ce qui vous plait, et de vous faire connaitre pour votre personnalité et non pas pour votre profession.

croire en soi en tant que femme d'expat

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8 Commentaire

  • Répondre
    sandrine coutinho
    29 septembre 2017 at 21 h 16 min

    Bonjour, merci je suis tombé par hasard sur ton site et il m à permis de me remémorer pourquoi j avais fais le choix de suivre mon mari. La vie de famille!!! Nous venons de déménager récemment pour un autre pays d Afrique et je suis seule avec mes enfants a l htotel pour 3 semaine encore. C’est un moment difficile à passer. Mais grâce à ton article me voilà rebooster. L’installation dans un nouveau pays prends du temps. et je commencais à douter a etre impatiente à me remettre en questions. Alors merci d avoir prit le temps pour le partage de ton expérience qui pour moi ma servit de petit thérapie .

    • Répondre
      Nadiejda
      9 novembre 2017 at 1 h 08 min

      Bonjour Sandrine! Je te prie de bien vouloir m’excuser du retard de ma réponse! Sache que ton message m’a beaucoup touché et que c’es exactement ce pourquoi j’ai voulu écrire cet article! J’espère que depuis, tu es bien installée et que tu as pu prendre tes marques! 🙂 Je suis maintenant en Corée (depuis 8 mois) mais avec la grossesse puis l’accouchement, je commence enfin à avoir un quotidien digne de ce nom haha! J’espère avec de tes nouvelles bientôt! Nadiejda

  • Répondre
    Bouvier
    28 août 2017 at 15 h 41 min

    Merci pour tes blogs, super intéréssants que j’ai enfin pris le temps de lire !! (vive les retraités actifs)
    On se voit bientôt je crois, chouette ! Je me réjouis de revoir toute la famille. A bientôt donc et plein de bisous.
    Monique (et Daniel, toujours en vadrouille)

    • Répondre
      Nadiejda
      30 août 2017 at 5 h 44 min

      Bonjour Monique!
      Merci pour ton retour! Nous avons aussi hâte de vous voir! Gros bisous à tous les 2!

  • Répondre
    Laure
    28 août 2017 at 2 h 34 min

    Je viens de déménager avec mon mari au Texas (d’où il vient) et avec toute la paperasse, je ne vais pas avoir le droit de travailler toute de suite. Au fond, ça ne me dérange pas trop , du moins pour le moment, mais je trouve que c’est toujours difficile de retrouver face aux questions/remarques du genre « qu’est ce que tu fais de tes journées ? ce n’est pas trop dur de ne pas travailler ? j’espère que tu vas trouver du travail bientôt ». J’ai trouvé ton article super et très positif. C’est en tout cas un défi de s’identifier autrement que par une activité professionnelle et un salaire !

    • Répondre
      Nadiejda
      30 août 2017 at 5 h 44 min

      Bonjour Laure,
      Merci pour ton commentaire. C’est vrai que ce n’est pas facile de ne pas pouvoir travailler.
      Je n’ai pas vraiment eu de remarques comme tu décris. Ou alors, je n’y prête vraiment aucune attention et je ne m’en souviens pas! Ma vie me plait et ça m’est bien égal ce que les autres pensent 😉
      J’espère que ton installation se déroule comme tu le souhaite et que tu vas vite obtenir un permis de travailler!
      A bientôt!

  • Répondre
    Lucie - WorldTravelheart
    2 janvier 2017 at 23 h 56 min

    J’ai beaucoup aimé ton article, super intéressant d’avoir ton point de vue !
    C’est sûr qu’être loin de ses habitudes aide à trouver de nouvelles occupations, parfois plus proches de ses réelles envies (que l’on ne prenait pas le temps d’écouter avant).
    C’est aussi ce que j’ai ressenti lors de mon expatriation à la Réunion avec mon chéri qui lui travaillait et moi pas.
    Beaucoup de réflexion car beaucoup de temps pour soi, mais je ne m’ennuyais pas une seule seconde !

    • Répondre
      Nadiejda
      3 janvier 2017 at 1 h 17 min

      Merci Lucie! Je suis contente que tu aies aussi pu te retrouver dans mon article. J’espère qu’il permettra à d’autres couples de franchir le pas de l’expatriation sans en avoir peur.

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