S'expatrier

S’expatrier : 2 ans et demi après, voici le bilan de mon expatriation

bilan de mon expatriation

Ou comment faire le bilan de mon expatriation. En août 2016, après une année de “ pause” et de voyage, j’ai décidé de partir vivre à l’étranger. Cela n’a pas été une grosse décision très réfléchie. Je n’ai pas d’enfants, je n’avais pas d’appartement, pas de travail comme je revenais de voyage. On m’a proposé un emploi à Laayoune au Maroc, je me suis très peu renseignée sur la destination et je suis partie. Avec ma valise, et dans la tête les deux seuls blogs que j’avais réussi à trouver sur ma destination. Vraiment pas grand-chose. Ce n’est surement pas la meilleure manière de partir et de prendre une si grosse décision qui bouleverse une vie. Mais c’est comme cela que ça s’est passé pour moi.

Je suis resté un peu plus d’un an au Maroc avant de partir m’installer à Vancouver au Canada. Aujourd’hui après 16 mois au Canada, je commence à prendre du recul sur ma condition d’expatriée et comment cela peut impacter ma vie.  J’ai eu envie de le partager. J’espère pouvoir inspirer certaines d’entre vous à franchir le pas de l’expatriation, ou à vous rassurer, si vous êtes dans une période de doutes. Voici donc mon histoire et le bilan de mon expatriation.

Mon cheminement interne

Je n’ai pas vécu en France une vie active dans le monde du travail mais j’y ai fait mes études et bien sûr mes premiers “jobs”. Je ne crois pas que je me sois déjà sentie à ma place dans ma vie professionnelle française.  Mon projet était d’être enseignante mais je ne voulais pas avoir à passer un concours et dépendre d’un endroit. Je voulais prendre facilement mes propres décisions en termes de mouvement (lorsque l’on est prof en France on dépend d’une académie). J’ai fait mon école d’enseignement à Paris et ai passé mon concours dans la capitale.  Je ne me voyais pas retourner vivre en Bretagne, mais je ne trouvais pas ma place à Paris non plus. J’ai adoré ma vie d’étudiante là-bas, mais lorsqu’il a fallu passer un concours et “se poser”, je me suis rendue compte que je ne voulais pas de cette vie-là. J’étais plus jeune et je n’ai bien sûr pas penser à l’expatriation tout de suite. J’ai voulu voyager. L’expatriation est venue ensuite, naturellement, sans se poser de questions.

Se sentir vivant !

Je me sens libre. Je suis heureuse aujourd’hui au Canada. J’adore mon travail d’enseignante de français et mon école vient de m’offrir un contrat permanent. Avec mon conjoint, nous commençons les démarches de résidence permanente pour rester ici plus longtemps. Je sais cependant que si la vie ici ne nous convient plus, ce n’est pas difficile de changer de pays. Nous avons acquis une bonne expérience dans la recherche de visa et permis de travail. A part notre propre volonté, il n’y a aucune barrière. À 28 ans, j’ai vécu en France, au Maroc et au Canada, je n’aurai plus jamais peur de changer de pays.

L’hiver est un peu long et il s’agit toujours de mes plus grosses périodes de remise en question. Mais quand le printemps revient, je me souviens que la vie ici est magnifique.  J’adore le camping et le plein air. C’est facile ici. Nous passons nos week-ends à l’extérieur. Les randonnées, la guitare au coin du feu tous les soirs ou presque, faire de la route, admirer les paysages, les grands espaces canadiens. Vivre sans trop réfléchir, je ne veux pas que cela s’arrête.

Nous sommes des êtres humains et il est facile de se mettre des barrières et de s’empêcher de réaliser nos rêves et nos projets. Mes barrières sont tombées maintenant et je me sens forte. Tout est réalisable lorsque l’on en a envie.

Les doutes et les peurs

S’expatrier n’est pas non plus la chose la plus facile au monde. Je vis aussi avec des doutes, je me questionne beaucoup.

Je n’aime pas être seule. Dans ma vie française, j’ai toujours été très entourée. Beaucoup d’amis, beaucoup de proches à voir. Ma vie est un peu différente aujourd’hui. Lorsque je vivais au Maroc, les conditions de vie particulières des provinces du sud ont fait que les relations que j’ai pu construire étaient très fortes. Mes collègues étaient aussi mes ami.e.s, mes colocs, des personnes avec qui je ne voudrais jamais perdre le contact.

Aujourd’hui dans ma vie d’expatriée canadienne, j’ai du mal à me construire une vie sociale, comme je l’aimais en France. Nous avons des amis, mais pas le même genre de relation. Pas de visite spontanée, je ne vais pas boire le café ou l’apéro chez une copine deux minutes après s’être envoyé un texto. Ici tout s’organise, un diner entre amis est prévu deux semaines à l’avance.  Mes amis de France me manquent beaucoup mais lorsque je suis rentrée après un an, je me suis aussi sentie incomprise. Mes proches ont du mal à comprendre ce que nous vivons là-bas et peuvent soupirer si je prononce trop le mot “Vancouver”. J’ai parfois eu l’impression d’être en train de me “vanter” et j’ai ressenti de la honte. Pourtant, je ne raconte que des courts moments de notre vie au Canada, bien sur fantastique mais aussi très routinière, comme n’importe quelle vie !

Mes amis me manquent mais nos vies se construisent en décalées et cela peut être très frustrant. J’apprends à vivre de manière plus « solitaire » qu’avant. L’expatriation m’a beaucoup aidé à l’accepter, mais aussi à l’apprécier par moments. L’année dernière je suis partie seule une semaine à Cuba, Je n’aurai jamais trouvé cette envie avant.

S’expatrier et les relations familiales

Ma famille me soutient dans mes choix d’expatriation. Bien sûr, j’ai le droit de temps en temps à de petites phrases culpabilisatrices mais on ne changera pas ses parents ! Une de mes sœurs est venue me voir, mes parents, les parents de mon conjoint… Je vois très peu ma famille mais nos relations sont de bien meilleures qualité. Fini les disputes, plus de temps ensemble lorsque nous sommes ensemble. Lorsque mes parents sont venus me voir 2 semaines, j’ai passé une semaine avec eux à voyager dans les rocheuses en camping-car. Je n’aurai jamais pensé faire ça à mon âge, mais c’est également ce qui fait la qualité des relations. Nous nous voyons peu mais passons de vrais moments ensemble et partageons de vraies expériences. On se crée encore des souvenirs ensemble.  De nos jours, je ne trouve pas cela très difficile de s’expatrier loin des siens. Ma famille me manque mais nous nous parlons environ une fois par semaine sur skype, c’est loin d’être insurmontable. Et je suis certaine que si je vivais en France, je ne passerais pas autant de moments de qualité avec ma famille.

Ces choses qui manquent malgré tout…

Les Français râleurs à l’étranger qui trouvent tout bien mieux dans notre pays m’agacent, et je ne veux pas être comme ça. Je trouve qu’il y a plein de choses superbes au Canada et ma qualité de vie canadienne est bien meilleure que ma qualité de vie française. Cependant il y a bien sûr un tas de choses qui me manquent et qui font de moi une française expatriée. Je ne l’aurai jamais autant remarqué que depuis que je vis à l’étranger. La nourriture française me manque, la facilité à acheter des bons produits (bio, viande de qualité..), la vie culturelle française me manque. J’aurai tellement voulu voir Astérix ou le chant des loups au cinéma ! Les relations “ françaises” avec les gens me manquent : la spontanéité, l’honnêteté parfois trop brute, la facilité à rire de tout, à avoir les mêmes références…  La culture du “ bistro” me manque : aller boire un café que tu ne prends pas à emporter, rester des heures au bar après un simple expresso, refaire le monde, avoir le droit de se plaindre sans que cela ne soit inapproprié, rire aux éclats…

Alors, voilà, le bilan de mon expatriation m’amène à dire : Chère France, je t’aime et tu me manques. Les copains, vous me manquez, la famille, vous me manquez aussi. Mais je ne veux pas rentrer, j’aime ma vie d’expatriée, j’aime ma vie au bout du monde et la possibilité de découvrir de nouvelles cultures et façons de vivre. Ce n’est pas exactement la mienne mais je me l’approprie pour mieux me connaitre, pour mieux me trouver et mieux comprendre que maintenant j’ai et j’aurai toujours deux identités. Je suis française et expatriée.

2 ans après mes premiers pas au Maroc..découverte du Yukon, la vie est pleine de moments inattendus.

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1 commentaire

  • Répondre
    Zoé
    25 mars 2019 at 17 h 59 min

    Très intéressant… Je me retrouve dans certaines choses que tu racontes (au début, quand je rentrais de Berlin, j’avais aussi cette sensation de distance avec des amis que j’étais pourtant super contente de retrouver, j’avais peur de donner l’impression de me « vanter » de ma vie à l’étranger et de rabâcher mes expériences alors que je ne le vis pas du tout comme ça et que j’essayais de ne pas trop insister « Berlin comme ci Berlin comme ça ».
    Mais on finit par dépasser cette étape et fortifier les relations qui comptent je trouve 🙂

    Très bon week-end à toi et à bientôt j’espère !

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