Europe Réaliser ses rêves

Objectif Mont Blanc – 4 810 m

sommet du mont blanc

J’avais un objectif avant mes 30 ans sur ma to do list de vie ! Celui de gravir le Mont Blanc ! Je le vois depuis toujours de chez moi : gigantesque, majestueux et qui trône là à 4 810 m. Mon mari et moi sommes des enfants de la montagne, des passionnés, des habitués de la montagne et à l’effort physique, c’est donc sans trop d’hésitation qu’on a décidé de se lancer dans cet objectif ensemble (et mon beau-frère !) accompagnés d’un guide.

De l’idée qui te trotte dans la tête à la préparation, de l’attente à l’ascension, découvrez mon récit !

Notre projet

Nous voulions réaliser l’ascension fin avril/début mai 2022 sur 2 jours en ski de randonnée nous permettant ainsi de redescendre également à ski.
Il existe plusieurs voies, toutes avec leurs spécificités techniques. Bien souvent, le guide choisira la voie que vous emprunterez selon votre condition physique, la saison, les conditions météos et le terrain !

  • La voie historique des Grands Mulets, celle de la première ascension en 1786. Celle que l’on a emprunté et qui est très fréquentée au printemps pour le ski de randonnée !
  • La voie dite « normale » : Le refuge du Goûter est fermé à cette époque.
  • La voie des 3 Monts : Celle que nous devions faire dans un 1er temps. Une des plus technique. Les conditions étaient plus compliquées.
  • La voie italienne

Au jour le jour

Je ne sais plus quand exactement on a décidé de faire le Mont blanc. En tout cas, on s’est vraiment motivés en 2021. Et on a commencé à s’entraîner en ski de randonnée dès décembre 2021.

1er avril 2022
Les conditions de ce printemps sont très mauvaises dans le massif du Mont Blanc comme dans tous les massifs d’ailleurs. La vague de chaleur du mois de mars a beaucoup fait fondre le manteau neigeux en altitude avec toutes les conséquences qui vont avec : crevasses qui s’ouvrent, éboulements, ponts de neige qui cèdent… Des choses qui en soi existent tout le temps mais à quoi il faut faire attention +++ avec ces conditions.
Malheureusement sur ce genre d’ascension, les conditions ne sont pas à prendre à la légère. Ce sont des éléments extérieurs qu’on ne peut pas contrôler. Parfois, il faut savoir changer d’itinéraire, changer/repousser la période d’ascension et même parfois renoncer.

Après la vague de chaleur, la neige a fait son retour sur les sommets ainsi que le vent rendant encore une fois de plus le manteaux neigeux très instable. Affaire à suivre… Dans tous les cas, on continue à s’entraîner dès qu’on peut.

22 avril 2022
On a eu notre guide au téléphone et comme prévu, les conditions sont toujours difficiles et dangereuses. Il faut encore attendre pour voir si ça peut s’améliorer ! Sinon option B : Le Mont Rose (4 634 m !). Ce n’est pas le Mont Blanc mais si c’est plus raisonnable alors d’accord.

29 avril
Direction Bonneval-sur-Arc (magnifique village soit dit en passant !) où habite notre guide pour une randonnée avec lui.
Objectif de la journée : Albaron di Savoia – 3 638 m ! Histoire de faire un effort en altitude. Randonnée à ski, un peu d’escalade pour atteindre le sommet et descente en rappel. Passé 3 000 m, on sent déjà que l’effort physique est différent, plus lent, plus long ! Tu as envie d’accélérer mais tu n’y arrives pas.
Bilan : Journée incroyable – Une neige parfaite en altitude, un décor magnifique avec les glaciers avec de supers personnes. Certainement la dernière randonnée avant l’objectif.

Et la bonne nouvelle… le Mont Blanc n’a pas dit son dernier mot. La montée n’est plus prévue par les 3 Monts car trop risquée et technique en ce moment mais par les Grands Mulets, un autre itinéraire bien connu. Dernièrement, les conditions se sont améliorées grâce à de nouvelles précipitations. Si tout est réuni, on y va la semaine prochaine. L’avantage est qu’on peut choisir quand le faire. Mais il ne faut pas trop attendre au risque de ne plus pouvoir le faire en ski. Et le refuge est pris d’assaut à cette époque.

04 mai
C’est fait ! Après plusieurs jours à checker la météo, les derniers préparatifs et quelques péripéties pour réserver le refuge, la nuit au refuge des Grands Mulets est bookée pour vendredi soir. Je n’arrive pas à croire qu’on y va. Entre l’incertitude avec les conditions, l’attente, toutes les randos faites pour se préparer, enfin on y est !

1- Préparation

  • Physique

Forcément, ça parait logique mais une bonne condition physique est nécessaire. Ne pas sous-estimer l’effort à plus de 4 000 m.
Il faut s’entraîner régulièrement (endurance – cardio), faire du dénivelé, se mettre un peu la « caisse » comme on dit (être en forme quoi !). L’altitude et l’acclimatation sont aussi importantes. Ce n’est pas la même chose que de s’entraîner à 300 m ou 2 500 m d’altitude. Et c’est toujours mieux de pouvoir s’acclimater quelques jours avant l’ascension (on ne l’a pas fait mais ça a été !).

De notre côté, nous sommes déjà sportifs de base, connaissons plutôt bien la montagne. Mais là, il s’agit de haute montagne et c’est encore quelque chose de très différent. D’où l’importance d’être accompagnés d’un guide. Et nous connaissons plutôt bien nos qualités/lacunes/limites lors d’un effort intense. Par contre, le MAM (mal aigu des montagnes) est une chose totalement incontrôlable et aléatoire et qui peut toucher tout le monde. Il se traduit le plus souvent par des maux de tête, une grosse fatigue, parfois des vertiges…
Pour la descente, un – très – bon niveau de ski est préférable ! (Sauf, si vous le faites en été évidemment !)

Note: Depuis le 1er janvier 2022, j’ai fait 9 670m de dénivelé positif cumulé en ski de rando avant le Mont Blanc. J’y suis allée dès que je pouvais, dès que j’avais une pause entre 2 cours de ski. Des sorties +/- longues (entre 300 et 1 200 m de D+). Tellement peur de ne pas être prête !

  • Mentale

J’ai eu l’opportunité de faire une préparation mentale (11 séances) avec Ornella, qui recherchait des personnes pour son mémoire en sophrologie. Si le physique est important, le mental l’est encore plus et on a tendance à le sous-estimer. Personnellement, j’ai presque plus confiance en mon mental qu’en mon physique !!!
Des exercices de respirations (j’ai senti la différence entre la 1ere et dernière séance + avec l’entraînement régulier sur les skis), pour canaliser et concentrer son énergie, pour extérioriser ses peurs/angoisses (la 8ème séance a fait ressortir une grosse peur en moi, mais ça m’a fait du bien et elle a eu le mérite d’être sortie !) ou autres freins face à l’événement ainsi que de la visualisation (la 7ème séance était géniale)… Pour être prête au mieux finalement ! C’est une expérience enrichissante, qui permet de se préparer face à l’enjeu final et également de prendre du temps pour soi. Et puis autant mettre toutes les chances de son côté.
Si l’occasion ne s’était pas présentée, je ne l’aurai sûrement pas fait. Je ne la remercierai jamais assez.

  • Choisir un/une guide de haute montagne

Être accompagné d’un(e) guide de haute montagne expérimenté(e) est INDISPENSABLE. C’est lui/elle que vous suivrez le jour J, qui vous conseillera, vous aidera… Il/elle connaît le terrain, les risques, la sécurité !

Comment choisir son/sa guide ?

  1. Soit au bureau des guides de Chamonix
  2. Soit un guide particulier (connaissance, recommandation, bouche-à-oreille…). Nous avons quelques amis guides dans notre entourage. Nous avons donc demander à un ami de longue date de mon mari: Yannick Anselmet. On ne le remerciera jamais assez non plus.
  • Se familiariser avec l’équipement

Piolet, crampons, baudrier, couteaux, matériel de randonnée, pelle, sonde, DVA (détecteur de victime en avalanche) sont autant de matériel que l’on aura le jour J.
Savoir également faire des « conversions » (terme technique en ski de randonnée qui permet de faire un changement de direction en montant pour éviter de monter droit dans la pente!) est très important. Mal faites, c’est une grosse perte d’énergie et ça peut vite devenir compliqué dans une pente raide !

  • Préparation du sac

Objectif : S’alléger un MAXIMUM !!!!
Bon quand même 7/8 kg à transporter sur le dos et rien d’inutile dedans ! (Pendant la préparation, s’entraîner à porter un sac lourd est important aussi !)
Conseil : Prendre des choses facilement compactables.
Et penser à la technique de l’oignon : mettre/retirer les couches au fur et à mesure afin de s’adapter aux conditions climatiques.
Rappel : Nous sommes montés en ski de randonnée et redescendus en ski.

– Sac (33 litres pour notre part – Celui de décathlon est très bien)
– Pantalon de ski de randonnée
– Sous vêtement technique bas (collant) + haut (1 ou 2)
– Doudoune chaude et respirante
– Sous veste coupe-vent + veste gore tex
– Polaire
– Paire de chaussette
– Bandeau
– Casquette (pour le 1er jour !)
– Bonnet
– Cache-cou ou cagoule
– Petit gant et gros gant
– Masque (pour la descente en ski et en cas de vent pour la montée !)
– Lunette (catégorie 4)
– De quoi s’hydrater (avoir un thermos est pas mal pour boire du chaud !)
– De quoi manger (fruits secs, compotes, barres énergétiques et des « coups de boost »… Au final, j’ai mangé 4 graines et j’ai pris 4 « coups de boost » en 8h30 !!!)
– Batterie externe (j’aurais tenu sans !)
– DVA (+ piles de rechange)/ Pelle/ Sonde/ Couteaux (pour les skis de randonnées)
– Lampe frontale (départ de nuit le 2ème jour)
– Kit de secours (couverture de survie, compeed, paracétamol…)
– Crème solaire + baume à lèvre
– Boule quies (pour le refuge !)

Matériel d’alpinisme fourni par le guide:

– Baudrier
– Crampons
– Piolet
C’est aussi le guide qui se charge des cordes, broches et autres matériel spécifique d’alpinisme !

Et évidemment, (si vous le faites l’été, vous n’aurez déjà pas ça à penser, hormis les bâtons !)

– Skis + peaux
– Bâtons télescopiques
– Chaussures de ski de randonnée

2- Ascension

6 mai 2022Jour 1 – Départ pour Chamonix – Plan de l’Aiguille (2 300 m) > Refuge des Grands Mulets (3 050 m) – D+ 900 m.

C’est le départ. On récupère le guide à Albertville. Il est midi quand on arrive à Chamonix, on mange un bout sur la place du téléphérique.
On y est, enfin ! Je suis à la fois excitée et stressée.
On prend le téléphérique de l’Aiguille du Midi jusqu’au 1er arrêt (le Plan de l’Aiguille), notre point de départ pour cette 1ere étape. C’est assez incroyable le contraste qu’il y a: les alpinistes équipés comme jamais avec le piolet qui dépasse et les touristes en jean/basket et petite lunette pour aller faire leur photo du « pas dans le vide ».

telepherique du midi

Il est 12h30 quand on met les skis et qu’on commence à marcher, direction le Refuge des Grands Mulets.
Le temps est couvert mais c’est le lendemain qui est important et ils annoncent du beau. On avance petit à petit, chacun son rythme. Le temps couvert rend le paysage mystique.

On passe la Jonction (comprenez la jonction entre 2 glaciers !), partie technique entre crevasses, séracs et ponts de neige ! Les décors sont incroyables quoiqu’un peu angoissant. Reste ensuite à relier le refuge sans grande difficulté si ce n’est le dénivelé, certaines pentes plutôt raides et la chaleur. Il fait extrêmement chaud, c’est fou. On arrive vers 16h30. Si tu ne fais pas attention, tu n’aperçois pas le refuge.

Le refuge est magnifique, perché sur son rocher dominant la jonction des glaciers à 3 050 m. Il faut encore faire un petit effort pour y arriver puisqu’il faut grimper dans les rochers. On laisse les skis en bas du rocher. L’ambiance est posée. On est bien en haute montagne. Dans le refuge aussi: peaux de phoques, chaussures de rando et autre matériel en train de sécher ici et là. Il y a des français, des anglais, des italiens… tous là pour la même chose: le Mont Blanc. Il y a 70 places dans le refuge, il est complet, je vous laisse imaginer.
Le repas est servi à 18h – normal – Le lendemain, le réveil et prévu à 01h45 et le départ vers 02h30. Il est 19h, on rejoint le dortoir. Dortoir de 20 personnes environ (d’où les boule quies !!!) – Toilettes à l’extérieur. L’altitude peut perturbée le sommeil. J’ai quand même réussi à dormir un peu, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.

Anecdote: Quand tu sors aux toilettes et que tu entends un gros bruit sourds au loin (chute de séracs !), c’est assez perturbant, j’avoue. J’essaie de pas trop penser ! Mais quand même… je pense à nos enfants à ce moment là.

7 mai 2022Jour 2 : Ascension du Mont Blanc (4 810 m) – D+ 1 800 m – Redescente au Plan de l’Aiguille – D- 2 500 m

01h45, le réveil sonne. Le dortoir s’agite, tout le monde est sur le pied de guerre. Bizarrement, le réveil est moins pire que ce que j’avais imaginé ! – Je sors du dortoir, des gens arrivés tard dorment par terre ! Je cherche pas trop à comprendre. Le petit déj est vite avalé, je me force, j’ai pas trop faim. Pas parce que je suis stressée, j’ai juste pas faim. On s’équipe de tout le matos nécessaire, casque et lampe frontale sur la tête. Je sors et je regarde les étoiles une seconde. Elles paraissent si proche de nous. C’est beau. Maintenant, il faut redescendre dans les rochers et c’est déjà quelque chose.
Il est 03h00 quand on commence à monter à la lueur de nos frontales. On est pas tout seul. On peut discerner le nombre de personnes grâce aux petites lumières dans la nuit. Je me concentre sur ma respiration et avance à mon rythme. Je sais que ça va être long, il faut pas se mettre dans le rouge. On n’est pas encordés. La cordée est bien utile pour les crevasses mais ça a le désavantage de ralentir la progression et il faut que tout le monde avance au même rythme. Nous, on peut avancer chacun à son propre rythme. On s’attend régulièrement de toute façon.

On avance. On entend une chute de sérac, c’est loin de nous. Personne ne dit rien, on continue.
Les premières heures se passent bien et on monte à un bon rythme. A la lueur de la lampe, on discerne légèrement ce qui nous entoure, sans plus. Des fois c’est mieux de ne pas savoir. On sait juste qu’il y a des séracs tout autour de nous. Et ils peuvent tomber n’importe quand, de jour comme de nuit, totalement imprévisible. En même temps, si la montagne était prévisible ça se saurait ! On avance comme des robots, pas après pas. J’avoue m’être demandée ce que je faisais là à 03h du matin à marcher avec ma lampe.
Et puis, je me rappelle m’être retournée pour regarder Phil. Lui et sa lampe, Chamonix en contre-bas tout éclairée et les premières couleurs et lueurs du jour ! C’était tellement beau, c’était pour ça que j’étais là.
Et au fur et à mesure que le jour se levait, les paysages apparaissaient. C’était fou, un vrai spectacle.

Tout le monde se suit jusqu’au Grand Plateau. C’est à partir de là que les itinéraires se séparent pour finalement se rejoindre au sommet. Il est 06h15 quand on y arrive, on fait une petite pause et on rajoute quelques couches car il fait froid. Mes cheveux on même gelés avec le lever du jour.

Nous, on continue en direction du Refuge Vallot à 4 360 m (refuge de secours).
Il est 07h00 quand on passe les 4 000 m. Je me dit que c’est fait. Ça va plutôt bien, si ce n’est qu’on avance moins vite et que la respiration est différente ! L’effort est plus lent et plus long. Mon beau-frère est devant, ça va aussi. Par contre, Phil a un coup de moins bien: le mal des montagnes. Il a mal à la tête, il a du mal à respirer et il voit un peu trouble. On l’encourage pour qu’il arrive jusqu’au refuge Vallot. Il est 08h00 quand on l’atteint. Je me suis dit à un moment donné: si Phil s’arrête, je m’arrête aussi. C’est soit on y va tous ensemble, soit on renonce tous ensemble ! On a mis 05h15 pour faire 1 310 m de D+. On fait une pause pour que tout le monde reprenne des forces. J’ai un peu mal à la tête à l’arrivée à Vallot mais c’est gérable. On se réchauffe, on boit un coup de tisane et on mange quelques graines. J’ai mangé que 2 tartines au refuge mais j’ai même pas faim. J’ai juste pris des « coups de boost », ça ressemble au lait concentré, bien sucré qui te donne un coup de fouet.
Le guide nous dit: « On repart. C’est bête d’être arrivés jusqu’ici et de ne pas aller au sommet. Il reste 500 m de D+. » On est reparti.

En temps normal, 500 m de D+ se font plutôt rapidement. Là, ça se mérite, vraiment ! On voit le sommet, il parait si proche mais il y a encore du chemin à faire.
Il faut grimper un peu dans la pente puis sur une arête. En chaussure, les skis sur le dos et avec le piolet. Puis il faut remettre les skis de nouveau. Le guide doit faire la « trace », ça prend du temps. On se retrouve avec 2 jeunes. On se suivra jusqu’au sommet.

A un moment donné, l’itinéraire « normal » n’est pas accessible. Du moins, les conditions ne sont pas simples. Notre guide décide de traverser une pente raide (très raide !), pour rejoindre l’autre côté d’où on voit les autres. Il doit encore faire la trace dans 60 cm de neige. Pour ceux qui ne savent pas, ça demande un effort supplémentaire, beaucoup d’énergie et ça prend du temps. Gros séracs au dessus, grosses crevasses en dessous, pente raide. On prend nos distances, au cas où ! (au cas où = avalanche, sérac ou toute la pente qui se décroche !). C’est magnifique mais je serais plus rassurée quand j’aurais mis les pieds de l’autre côté. Je ne sais pas combien de temps on a mis pour traverser mais plutôt rapidement (comme un rapidement à plus de 4 000m quoi !) et ça été.
On rejoint tous les autres. On est sur la pente finale avant le sommet. C’est impressionnant le monde qu’il y a ! On dirait une fourmilière. Il y en a même qui redescendent déjà !

Reste la dernière partie, jusqu’au sommet. C’est une balade de santé après tout ce qu’on a fait. C’est juste hyper looooooooong. Je regarde ma montre. Je dis à Phil « Il reste 150 m !« . Les 2 jeunes sont toujours avec nous. Je re-re-regarde ma montre. Il reste 100 m. Je me souviens de la réponse de Phil: « Ça fait 15 min qu’il reste 100 m« . C’est vrai, mais en même temps, on fait une conversion – 4 pas – on s’arrête. Et ainsi de suite. On dirait des escargots mais c’est pas grave, on sait qu’on y est et qu’on va y arriver peu importe le temps qu’on mettra. Tout le monde est au ralenti de toute façon.

Et puis d’un coup, à force de marcher, la pente raide s’arrête. C’est le sommet. On est au sommet. Enfin ! On a gravi le Mont Blanc en 08h30 (dont presque 3h pour les 500 m de dénivelé restant depuis Vallot !) – 1 800 m de D+.

mont blanc sommet 4810 m

C’est drôle comme le sommet est plat ! Je suis trop contente d’y être. Il y a Phil (la pause lui a fait un bien fou !), le guide qui nous attend, et on attend le frère de Phil. Chacun est monté à son rythme sur la dernière pente. Les 2 jeunes viennent nous féliciter et remercier le guide d’avoir fait la trace. On profite de ce moment. Je suis d’autant plus fière de voir qu’il n’y a pas beaucoup de femmes aujourd’hui. On devait être 4/5 dans le refuge hier soir. Mais je sais qu’il y en a beaucoup qui le font. Je n’ai jamais eu l’impression d’être au bout de ma vie et à aucun moment je me suis dit que j’allais renoncer (sauf, au moment où Phil n’allait pas bien et si lui avait renoncé.). Par contre, intérieurement je me suis souvent dit: « vraiment ? on passe là ! », « bon, là il faut pas se louper ! », « ok, j’y vais mais je suis pas hyper rassurée ! », « oh p*****! » (oui je suis vulgaire quand je suis pas rassurée !!!) . Mais notre guide est incroyable et un guide sait lire le terrain comme personne ! Merci Yannick.

C’est déjà l’heure de redescendre. On ski la face Nord. La neige est incroyable au sommet. Le décor est toujours aussi impressionnant. Et skier ici est vraiment magique. J’ai pas les mots. Par contre, j’ai mal aux cuisses ! Plus on descend, plus la neige transforme et c’est pas facile. On se retrouve au refuge (oui déjà !). Je suis épuisée et c’est encore loin d’être fini. On doit redescendre jusqu’au Plan de l’Aiguille, d’où on est partis la veille et il faut arriver avant que ça ferme. Certains refont une nuit en refuge avant de rentrer.

Il y a 2 options : « rive » gauche (d’où on est arrivés la veille)/ « rive » droite. Le guide prend la 2ème option. Et du refuge un mec nous dit en nous voyant engagés sur cet itinéraire (le guide est déjà plus bas !) : « La gardienne déconseille de prendre la Combe Maudite, quelqu’un est tombé dans une crevasse, vous allez voir de toute façon ». OKAY ! Merci Monsieur. Rien que le nom ne m’inspire pas vraiment confiance. Je crie au guide ce qu’on vient de nous dire. Sa réponse en toute tranquillité et décontraction: « Non mais c’est bon, ça passe. ». OKAY ! On est repartis. Intérieurement, je me dit: « On est arrivés jusque là sains et saufs, c’est pas le moment de se foutre dans une crevasse. » Je râle un peu mais je suis.
Bilan: Oui on est passé et c’était pas une balade de santé. Oui on a vu où est tombé le mec (il va bien, je vous rassure !). Oui la combe maudite porte très bien son nom. Non je n’y retournerai pas, jamais. (Désolé ou tant mieux ! mais je n’ai pas de photo de cette partie !!!)
Une fois sortis de cette combe Maudite, reste à rallier la gars du téléphérique. Mais c’est interminable. Il fait chaud, vraiment trop chaud. On monte, on redescend, on fait du tout terrain. On a TOUT fait. Au moins on n’a pas eu à rempoter (= remettre les peaux sur les skis)

Et le petit bonus pour bien nous achever: on finit à pied les skis sur le dos à grimper dans les cailloux. On arrive finalement au téléphérique, il est environ 15h30 – 2 500 m de D-. Sacrée journée
Il est 16h quand on arrive au parking. La boucle est bouclée. On a l’impression d’être partis il y a 4 jours. On est là. On l’a fait. Tout s’est bien passé. On peut souffler. Par contre, on a faim !

Le mot de la fin

« On ne sait pas ce dont on est capable tant qu’on n’a pas essayé ».

Je ne sais plus où j’ai lu ça mais je crois que ça résume bien cet expérience incroyable.

Samedi 07 mai 2022 à 11h30, je (on !) a gravi le Mont Blanc. J’étais trop heureuse d’être là haut et d’avoir réussi ! Sur le toit de l’Europe. En plus avec Phil. Je vous souhaite de trouver la personne qui vous suivra dans vos défis les plus dingues 🙂
Le lendemain, je réalisais, vraiment !
Et maintenant, je me dis qu’il faut être un peu fou (pardon maman pour le stress !) mais ça me donne envie de relever d’autres défis sportifs. Oups.
Et la vie c’est maintenant, demain ce sera trop tard !

Certains diront que c’est génial, d’autres irresponsable ou égoïste de le faire en couple en ayant deux enfants en bas âge. Oui c’est vrai, il peut arriver quelque chose de grave. Mais il peut arriver quelque chose de grave n’importe où et n’importe quand.
La peur est humaine. Comme Ornella m’a dit pendant une séance, elle ne doit pas te paralyser. Et j’étais d’autant plus contente de les retrouver.

Finalement, ce serait pas ça, se sentir vivant ?

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