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Marcher sur le GR20 en Corse : récit hors norme

Traverser la Corse sur le mythique GR20. Un projet de plusieurs années pour certains, un entraînement assidu, un challenge physique hors norme pour d’autres, ou encore une évasion tant attendue… Mille raisons et mille histoires uniques. Je vais humblement vous conter la mienne en espérant que la magie que j’y ai vécue arrive jusqu’à vous.

Il faut savoir tout d’abord que je n’ai pas vraiment d’expérience dans la randonnée. J’adore marcher. J’ai fait le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle et il y a un an tout juste, en 2020, je faisais le tour des glaciers de la Vanoise en 5 jours. Amoureuse de la nature et des challenges, je me suis lancée dans ce projet GR20 pour 2021 un peu à l’arrache…

Quand le GR20 est entré dans ma vie

J’ai encore du mal à me rappeler de ce moment exact où le GR20 est apparu dans ma vie. C’était de manière complètement inopinée, il y a seulement quelques mois. Tout au plus début d’année 2021. J’avais sûrement vaguement entendu son nom, sans même vraiment comprendre que ça se passe en Corse. Dans le monde des randonneurs, ce chemin est aussi connu que redouté. L’aurais-je vu sur un post Instagram ? Aurais-je entendu sa réputation au détour d’une conversation sur la marche ? Quelqu’un m’en aurait-il parlé rapidement ? Trou noir… Tout ce que je sais, c’est qu’à ce moment-là, quelque chose s’est allumé dans ma tête. Comme un interrupteur qu’on aurait actionné. Sans y faire plus attention que ça au début, ce petit GR accompagnait mes pensées de la journée, puis de la nuit. Piquée par la curiosité, j’ai commencé à le Googler. Je suis tout de suite tombée sur le site du GR20. J’ai parcouru la page en diagonale une première fois et j’y ai vu une montagne (haha) d’informations. Pas le temps de regarder sur le moment. Je le garde pour plus tard. J’y retourne peu après. Je commence à lire un article. Puis deux. Puis trois. Mon cœur se met doucement à se soulever, il bat fort, il bat vite. Plus j’en lis, plus je veux en lire. Et si… et si j’en étais capable ? Non tu rigoles, c’est pour les randonneurs aguerris. Qui suis-je ?… Non mais quand même, c’est assez extraordinaire ce truc. Why not ? Une fois cette sensation ancrée dans mes cellules, impossible de retourner en arrière. Je vais le faire. Je vais faire le GR20, quand, comment je ne sais pas encore mais c’est pour moi !!

Baie de Calvi

Se préparer pour marcher sur le GR20

Décider de la bonne période

Je savais que pour que tout s’aligne avec moi pour rendre ce projet possible, il fallait que je l’ancre dans la réalité, la matière. J’ai donc commencé à en parler. Un peu, beaucoup, passionnément comme on dit. A partir de ce moment-là, je savais que ça allait se faire, et vite. J’étais excitée comme une puce et ça m’a pris comme une envie pressante. Malheureuse et insatisfaite dans le cabinet où je travaillais à Barcelone, l’envie de démissionner s’est rapprochée. Mais je ne pouvais pas partir comme ça. Vite, il me faut une porte de sortie. Ok, j’ai trouvé. Concours de circonstances, synchronicités, l’Univers en plein travail, je décroche l’opportunité de travail parfaite. Les calculs commencent. Alright, combien de temps il me faut pour le faire ce GR20 ? Plus ou moins 2 semaines. Il me faut un peu de rab de temps sait-on jamais, puis si je rentre en France, passage obligatoire chez la famille, les amis. Je vais tout faire, une pierre, deux coups. Je démissionne. Un mois de préavis. Ça me laisse le temps de gentiment me préparer (et oui parce que ça se prépare ce gros bordel, vous allez voir ce que je veux dire). Je prends un mois complet de battement entre mes deux contrats. Set, done. J’ai mon mois de juin. Et tiens, le mois de juin est connu pour être le meilleur moment pour traverser la Corse à pied sur le GR20. La saison étant de fin mai à fin septembre. Tout s’aligne, tout est fluide, tout est parfait.

Les galères commencent…

Les galères commencent. J’ai continué à bien me documenter. J’ai acheté et reçu mon Topo-guide. Je lis un peu mais pas trop. Je veux garder l’effet de surprise. Je ne regarde aucune photo de la Corse. Je ne veux vraiment que les infos pratiques et utiles. Que je sache quand même un minimum dans quoi je me lance. Mentalement et physiquement. D’ailleurs… Le stress commence à bien monter. Je lis partout à quel point cette rando est difficile. La plus dure d’Europe, une des plus difficiles du monde. What ? Attends, attends… Est-ce que tu peux vraiment le faire ma jolie ? C’est beau de rêver, ok ta condition physique est pas dégueu mais de là à te lancer comme ça…. T’es sûre ? Ma peur qui parle. Mon cœur, lui, est immobile, calme, serein, sûr. Lui ne doute pas une seule seconde de moi. Je me retrouve confuse avec ce cocktail molotoff de sentiments et d’émotions. Dans le doute, je me mets à faire du sport tous les jours. Comme si ça allait me sauver. C’est mieux que rien. Mentalement je suis engagée. Et quand je suis engagée, c’est à 2000%. Let’s go, c’est parti. Il y a 16 étapes sur le GR20. Je prévois donc humblement de le faire en 16 jours. Je ne vais pas faire la folle, je ne suis pas pressée, je ne veux prendre aucun risque. Je n’irais pas plus vite que la musique. Le sens habituel est de le faire du Nord au Sud. C’est donc ce que je prévois…

Source : www.le-gr20.fr

J-10 avant le départ pour la Corse

J-10… Il est temps de réserver. Je trouve le vol aller parfait, arrivée à Calvi dans la matinée du 11 juin. Je le prends. J’attends encore un peu pour le retour, je ne suis pas encore sûre de ma date de retour. Est-ce que je prends un vol par sécurité pour ne pas payer trop cher à la dernière minute ? Mais ça me met la pression du temps. Bon, j’y réfléchirai plus tard. Les réservations des refuges se font en ligne (cliquez ici). Sur le fameux site du GR, ils préviennent quand même qu’il fait bien de checker les conditions météo car juin reste le début de saison et le temps peut être capricieux, avec orages et parfois quelques restes de neige. J’avais déjà vu qu’en mai la partie Nord était encore très enneigée. Je me suis dit que ça allait fondre avec le soleil corse. A ma grande surprise, les conditions restent presque inchangées. Beaucoup de neige. Crampons, piolets et encordage nécessaires. RANDONNEURS NOVICES, REPOUSSEZ VOTRE RANDONNEE était écrit en gros, en rouge partout sur le site… 30 ans qu’il n’y avait pas eu autant de neige. Je commence à flipper. Je veux la faire cette randonnée, j’y ai déjà mis tout mon cœur, j’ai plongé tête la première. Ce n’est pas possible que ça s’arrête aussi soudainement comme ça. Je refuse. Je ne me laisse pas abattre. Je décide de contacter des guides de haute montagne corses pour avoir leur avis. Peut-être que je peux prendre un guide au moins pour la partie Nord. Vaut mieux ne pas marcher seule dans ces conditions… Ah oui, parce que je marche seule. Je préfère marcher seule. C’est mon moment à moi. Sauf que le GR20, normalement, si t’as toute ta tête, tu le fais en groupe. Ça ne m’est même pas passé par la tête. Je marcherais seule, une évidence. Je suis peut-être folle mais pas inconsciente, alors je vais d’abord voir ce que me disent les guides. Les trois sont unanimes. En commençant par le Sud et en prenant 2 semaines, le temps d’arriver au Nord, la neige aura surement fondu. Je demande alors si par sécurité je ne devrais pas prendre des crampons quand même. Ils me disent que c’est inutile. Ok. J’écoute. Changement de programme.

Message posté en mai 2021 sur le compte Facebook du GR20

On part du Sud. Je regarde pour changer mon billet d’avion. Impossible. Je regarde pour en acheter un nouveau pour arriver dans le Sud, à l’aéroport de Figari. Wow, trop cher. Originaire de la banlieue Parisienne, les transports en commun c’est mon dada. Comment vais-je descendre à Conca, point de départ du GR Sud ? Je vois des bus. Il y en a seulement deux… Le mardi et le jeudi. J’arrive mercredi. Shit. Le train ? Nope, il n’y en a pas. Bon, on va louer une voiture alors. Impossible de la prendre à Calvi et la déposer à Conca. Il faut que je la prenne à l’aéroport de Calvi et que je la ramène à l’aéroport de Figari. A Figari, il y a des navettes pour aller jusqu’à Porto Vecchio seulement. Encore une fois, il n’y en a que deux, à 9h et à… 11h. J’arrive à 12h. Un peu mal foutu quand même. Il faudra donc que je prenne un taxi de Figari à Porto Vecchio et une navette de Porto Vecchio à Conca. Barbant tout ça, vous devez penser. Oui, je suis d’accord, mais ça fait partie intégrante de la randonnée. L’organisation. Ça a son charme. C’est nul quand c’est trop facile. Bref, les refuges. Je vais pour réserver. Je n’arrive à avoir des lits seulement dans 5 ou 6 refuges. Les autres sont tous complets. Of course, on est quand même à J-7. Bon c’est pas grave, j’ai vu qu’ils louent des tentes. Je vais pour réserver. Encore 3 ou 4 refuges où ils n’ont même plus de tentes à louer. Je ne suis plus à une emmerde près. Va falloir que j’achète une tente. Et un nouveau sac de couchage parce que le mien est un confort 15° et il peut faire froid en altitude en Corse. Ça commence à me coûter bien cher tout ça. Un mois de libre, non payé. Dur. Je me demande si ça ne serait pas plus raisonnable de ne pas le faire. Si, bien sûr. Mais c’est mal me connaître de penser que la raison est mon moteur. Le cœur. Toujours. Je vais trouver une solution. Au pire je ne mange pas pendant 2 semaines. Je préfère aller marcher, ce rêve est trop grand pour que je le lâche. Et là, surprise. Je raconte évidemment tout ça à ma famille. Une de mes sœurs m’appelle et me dit : « Manon, lâche rien. J’ai contacté plusieurs de tes amis. J’ai fait une cagnotte pour te montrer qu’on est avec toi, on te soutient et on veut faire partie de ton aventure. On est à presque 800€. » Je tombe des nues. Je n’ai rien vu venir. J’ai une famille et des amis absolument incroyables. Qu’est-ce que je ferais sans eux ? Je me sens bénie, accompagnée, guidée. Je ne suis pas seule. Jamais. Wow. Une certaine pression se relâche. Je suis portée par quelque chose de plus grand. L’amour de mes proches. Ça me donne des ailes. A partir de là, un calme s’installe. Ok, j’ai besoin de quoi : une tente, un sac de couchage, 2/3 babioles… Amazon, Décathlon. Je reçois tout. Il est moins une. Mais ça y est j’ai tout. J’ai de la chance d’être déjà bien équipée de mes précédentes escapades. Grand départ demain.

Usciolu

Le départ pour la Corse

Mon sac est prêt. J’espère qu’il fait moins de 10kg sans l’eau. Ça va être dur sinon vu les dénivelés qui m’attendent. Je n’ai pris que l’essentiel : 2 T-shirts, un pantalon, un short, 3 culottes, 2 paires de chaussettes, une tenue pour le soir, des tongues, une trousse de toilette, une trousse de secours, un K-way… (liste non exhaustive). J’achèterai de quoi manger les petits dej et déjeuners pour une semaine sur place, pour ne pas tout porter non plus. J’ai mon Topo, ma bible, celui qui va me guider. Je suis prête. Ma mère m’amène à l’aéroport. J’ai un mélange de stress et d’excitation. Il faut dire que c’est la première fois de ma vie que je me lance dans quelque chose en pensant réellement que ce challenge est possiblement plus grand que moi et qu’il y a de fortes chances que je n’y arrive pas. Il y a plus de 50% d’abandon. Ça ne serait pas impossible que ce soit mon cas. Bon, je n’y pense pas trop. Ma tête est déjà en Corse. J’ai hâte. Le vol se passe bien. Je suis assise à la fenêtre, ma place préférée. En approchant des côtes corses, ses massifs montagneux sont immanquables. C’est impressionnant. Ça monte tout de suite dans le ciel. Et moi je vais là-bas. Dans le ciel. Exceptionnel. Arrivée sur le sol corse, hop dans la voiture pour ma première traversée de l’île. Taxi. Navette. J’arrive bien entière à Conca. Fatiguée du trajet mais je vais bien manger le soir et tenter de bien dormir pour commencer à bloc le lendemain. Je dîne dans un gîte avec d’autres randonneurs. Ceux qui finissent, ceux qui commencent. Deux salles, deux ambiances. Ceux qui finissent sont épuisés, bronzés et quelque chose de spécial pétille dans leurs yeux. Ça doit être la fierté. Ils l’ont fait !! La chance, j’espère que ça sera moi dans deux semaines. Ceux qui commencent sont tout frais, sentent bons et sont un peu insouciants pour certains ou anxieux pour d’autres. Je fais plutôt partie de la deuxième catégorie. Le stress monte au cours du diner. Ça y est, j’ai peur. Je ne me laisse pas envahir. Je prends une bonne douche chaude. Peut-être la dernière de mon GR20 ? Je dors dans un bon lit. Pour le coup, certainement le dernier avant la fin. J’en profite.

Le GR20 du Sud au Nord

Premier jour de marche sur le GR20, au départ de Conca

Départ à 6h30. Temps de marche annoncé : 6h15 sans les pauses. Je vais y aller tranquillement. Les chaussures mises, le sac à dos bien ajusté, je commence à marcher. C’est drôle. Les sensations me reviennent. Je me sens bien. Je suis confortable. J’ai déjà marché plus de 1000 km avec ces chaussures. C’est tellement important, d’être bien dans ses pompes ! Ampoules assurées sinon. Presque 1000m de dénivelé positif pour cette première étape. Normal. Il faut bien y monter dans cette montagne. Le secret : petits pas, rythme régulier. Superbe soleil, pas de vent. C’est déjà magnifique. Très vite, je peux apercevoir la mer. Je trouve ça magnifique mais je n’ai encore rien vu !!! Ce soleil qui était superbe chauffe très vite l’atmosphère, me fait suffoquer, transpirer et me donne très soif. Je n’ai qu’1,5L, va falloir que je me rationne. J’ai cru comprendre qu’il y a des sources un peu tout du long. FAUX. Grosse erreur de ma part. La journée passe, je me baigne dans les cascades que je rencontre, je profite des quelques rares barres de réseau pour envoyer des photos et des nouvelles à ma famille, je commence déjà à rencontrer des gens sympas. Dans l’après-midi, c’est dur. C’est long. J’ai très soif mais je ne veux surtout pas boire toute mon eau pour ne pas me retrouver complètement déshydratée. J’aurais dû mieux regarder où se trouvent les sources. Je me sens bête. Dans l’excitation du premier jour j’ai oublié de manger. Deuxième très grosse erreur. Je ne veux plus m’arrêter, il faut que j’arrive au refuge. Je croise enfin quelqu’un qui marche dans l’autre sens. Je demande presque épuisée si le refuge est encore loin. Il me répond « à à peu près 30 min ». Je me mets à boire mon fond d’eau. J’active le mental de guerrière. Aller, un pas devant l’autre, on y va. Ces « 30 min » m’ont parue être plutôt bien une bonne heure. Note to myself : ne pas demander à un trailer combien de temps il reste… Pourquoi je raconte tout ça ? Parce que ce premier jour a été semé de leçons importantes auquel je ne manquerai plus ! Toujours manger et régulièrement, prévoir plus d’eau et/ou bien savoir où se trouvent les sources, ne pas vraiment croire l’estimation du temps des gens, on est vraiment tous trop différents. J’arrive enfin, assoiffée mais trop heureuse d’être enfin dedans. L’aventure a bel et bien commencé. Je suis remontée à bloc. Rien ne va m’arrêter. J’apprends de mes erreurs. Demain est un autre jour.

Prendre son rythme

On a besoin en général des 2/3 premiers jours pour se mettre en jambe. A ma grande surprise je n’ai eu aucune courbature. Serait-ce mon entraînement d’athlète 3 semaines avant le départ ? lol. Ca y est, j’ai mon rythme. Je sens déjà que je me renforce. Je remercie mon corps tous les jours de me permettre de faire ça. Je sens aussi que ma connaissance et l’écoute de mon corps sont de vrais atouts. Je sais quand ralentir, quand m’arrêter, quand ne surtout pas m’arrêter, comment ménager mon énergie en fonction de ce qui m’attend, comment poser mon pied… Je flotte. Je vibre. Je vole. Je suis dans mon élément. Je me sens trop bien. Je prends énormément de plaisir. L’air est pur. Les paysages époustouflants. Les sensations sont quasi indescriptibles. C’est le genre d’expérience qu’il faut tout simplement vivre pour comprendre. Je rencontre et revois des gens. L’ambiance est super bonne le soir. Quand on se retrouve, on partage beaucoup. On n’a pas de réseau, pas de connexion avec le monde extérieur et on s’en fout. On est bien là, dans le moment présent. Ensemble. La fameuse Pietra, bière corse à la châtaigne, fait son entrée. Je savais que j’allais au moins en boire une tous les soirs. Ça aide d’ailleurs à la récupération musculaire. Enfin… c’est ce qu’on dit ! Et bizarrement personne n’est allé vérifier cette information ! La bière post rando s’est souvent transformée en 2 ou 3… Ca monte vite mais qu’est ce qu’on rigole. J’alterne entre dormir en refuge et dormir en tente. Dans le Nord je sais que je serai seulement en tente. Je suis de plus en plus à l’aise pour monter la mienne. Les nuits sont de toute façon calmes. A 21h il n’y a plus personne. Je n’ai pas froid. Quelques rafales de vent parfois mais rien qui peut nous empêcher de dormir après les efforts qu’on fournit. Au fur et à mesure, je croise et recroise les mêmes personnes en marchant. On finit par marcher ensemble. Tout se fait tellement naturellement. Je laisse le flow me guider. Chaque jour a sa surprise. J’ai pu voir jusqu’à 3 ou 4 paysages complètement différents sur la même étape ! C’est presque troublant. Je passe d’un paysage de campagne normande avec herbe fraiche et vaches, au grand canyon, pierre rouge, à la forêt et ses cascades magiques. La richesse naturelle de la Corse m’impressionne beaucoup. Je me sens très privilégiée d’assister à ce qu’au final peu de gens ont la chance de voir.

Le Sud du GR20

Dans le GR 20 Sud, quelques passages techniques éparses pointent le bout de leur nez par-ci par-là. Surtout au niveau des crêtes. Je me découvre une aisance à l’escalade. Je trouve ça super fun. Je vois que mon corps est fort, je me permets alors d’y aller, de le tester, de jouer. Je suis comme une enfant. Je n’ai pas peur. J’ai un sentiment de confiance et de liberté qui ne me lâcheront plus jusqu’à la fin. L’arrivée à Vizzavona, la moitié du GR, se rapproche. Je suis trop fière de moi d’être arrivée jusque-là. A écouter ceux qui viennent du Nord, c’est horrible, hyper technique, il y a encore beaucoup de neige… La peur se propage comme la peste. Une partie de moi se dit : En es-tu vraiment capable ? Vu comme ils en parlent, ça va être un supplice… Mais très vite je me reprends. Si j’avais écouté les gens, je n’aurais jamais fait le GR20, encore moins seule, je ne serais déjà pas arrivée jusque-là. J’arrête de prêter attention à ce qu’ils disent. Je demande seulement les infos pratiques, comme : vais-je avoir besoin des crampons au final ? Il s’avère que oui. En discutant avec des randonneurs, un homme n’a plus besoin des siens. Je les lui achète. Ok, le Nord, je suis parée, montre-moi ce que tu as dans le ventre !

Le Nord du GR20 tant redouté

Le premier jour dans le tant redouté Nord se passe très bien. Le deuxième aussi. Le troisième aussi. Là je me dis, c’est la peur qui fige. On est capable de bien plus que ce qu’on croit. Non seulement j’y arrive, mais bizarrement je suis encore même loin de mes limites. Je m’impressionne et me félicite moi-même. C’est dingue. Ça me donne encore plus confiance en moi. J’avance avec assurance. Aucune blessure, aucune ampoule, aucune chute. Je suis protégée. Il faut quand même que je souligne que le Nord, c’est pas du gâteau. Les dénivelés sont vertigineux. Mais l’avantage d’avoir commencé dans le Sud c’est que mon corps est chaud et j’ai déjà la connaissance du terrain. C’est difficile mais loin d’être infaisable. Et c’est même plus régulier que dans le Sud. Le Nord c’est en résumé une montée hard puis une descente hard. Avant je disais que je préférais le plat ou la descente. Mais très vite on les aime ces montées. Elles nous font transpirer, parfois on n’en voit pas le bout, mais la récompense efface toutes les souffrances. Ce sont les descentes les plus dangereuses et dures au final. Quand tu montes, la pente est devant toi, ça donne une certaine confiance. Quand tu as la descente devant toi, tu es face au vide. Chuter est beaucoup plus facile. Une erreur d’équilibre ou de mauvaise prise et on peut se faire mal. La vigilance est à son paroxysme. Cela nous force d’ailleurs à être dans le moment présent. Tout le reste s’efface et n’a aucune importance. Ton seul objectif c’est ton prochain pas. J’adore. Ce vide intellectuel, moi qui pense toujours trop. Cette connexion au corps et à la nature. C’est ressourçant et revigorant. Arrive la fameuse étape 7, celle qui est encore très enneigée. On avait espoir que ça fonde, mais il y avait encore par endroit jusqu’à 2 ou 3 mètres de neige. Le danger à ce moment-là, ce sont les ponts de neige. C’est-à-dire que la neige fond en dessous et crée un vide avec la couche plus superficielle qui est souvent glacée. Il peut donc arriver que l’air de rien, pensant marcher sur de la neige, la plaque gelée s’effondre et entraîne une chute. Vaut mieux suivre les traces de pas déjà formées et marcher plutôt sur le milieu du névé (amas de neige durcie) que sur les bords. Les crampons aident à bien adhérer à la neige. Je suis contente d’en avoir acheté en chemin. Cela m’a rassurée. Certains étaient effrayés à l’idée de devoir marcher sur la neige. J’étais plutôt surexcitée car c’était une nouvelle expérience. Pour cette étape j’ai décidé de ne pas marcher seule. Mieux vaut être groupé, au cas où. Il y avait effectivement beaucoup de neige. C’est un peu comme l’amour, ça rend tout beau. J’étais émerveillée. Cette étape est connue pour être une des deux plus dures. Je confirme, c’était très technique. Mais ça a été une de mes préférées ! D’ailleurs, les deux étapes les plus dures ont été mes deux préférées. Je dois avoir un problème… La dureté vient souvent avec la beauté et est proportionnelle à la fierté qu’elle procure une fois achevée. C’est peut-être pour ça. Et quand je dis fierté, rien à voir avec l’ego mais plutôt avec un sentiment de plénitude inouïe. Une fois cette étape faite, je savais que j’allais aller jusqu’au bout. Plus de doute.

Le Monte Cinto : le toit de la Corse

Les jours passent et sont tous plus extraordinaires les uns que les autres. Le Nord ça en jette quand même ! On est sur de la haute montagne. C’est du sérieux quoi. On est si haut qu’on a souvent une vue à 360°. J’avais l’impression d’être un oiseau. Qu’est ce qu’on se sent petit face à l’immensité et la dureté de ces montagnes. Ça rend humble. Le Monte Cinto. L’unique. Le majestueux. Le toit de la Corse. Je l’attendais celui-là. Il culmine à exactement 2706 m. Son ascension est longue et périlleuse mais l’arrivée sur le toit n’a pas de prix ! On y voit la Corse du Nord, la Corse du Sud, la côte Est et la côte Ouest. On commence même à voir la baie de Calvi, mon point d’arrivée. Ça fait bizarre. La fin se rapproche alors que je suis en pleine extase. Les shoots d’endorphine suite aux efforts physiques mais aussi à la baisse d’oxygène se font bien sentir. Je suis dans une béatitude incroyable. Je nage dans les airs. Flotte sur la roche. Je suis dans l’amour. Les frontières de mon corps se dissipent pour ne faire qu’un avec la montagne. Ça impose le silence. Et le respect. Je crois que je n’ai vraiment jamais vécu ça de ma vie. Je savoure. Malheureusement, qui dit montée dit descente. Et pas des moindres. Il ne faut pas tarder. En plus on commence à se refroidir. Une barre de céréales, une Pom’pote et c’est parti pour la descente la plus longue de mon GR. Hyper technique, elle est redoutable. Mais dans l’état où je suis, rien ne m’effraie, rien ne m’arrête. Je me vois dévaler la pente comme une pro. J’esquive, je saute, je glisse sur la roche. Je me croirais dans un film de Vin Diesel. Le Monte Cinto m’a donné des ailes. Je fais en peut-être 2h une descente qui se fait en 4. Arrivée à bon port, je sens les 10h de marche dans mes pieds. Je sens bien la descente dans mes genoux. Ça ne pardonne pas. Je vais maintenant chouchouter mon corps. A ma plus grande surprise, j’ai de l’eau chaude en refuge et un lit en dortoir ! Un bonheur bien mérité. Je me prends une part de gâteau au chocolat de compet’ avec boule de glace, chantilly, tout ça, tout ça. Récompense pour avoir tué le game ! Deux bières plus tard, je mange un dîner de champion, hamburger frites les amis !! Plus de limites on se fait plaisir. Je pense que la nuit qui a suivi, était la meilleure de tout mon GR. Vous vous en doutez.

Les dernières étapes et l’arrivée à Calvi

Après ça, je pouvais finir en paix. Les étapes du GR20 qui ont suivi ont aussi été hardcore, mais ça m’était complètement égal. Le Monte Cinto dans les jambes, j’avançais tranquillement. Les vasques nous ont permis des baignades bien fraîches qui revigorent les muscles. Ces dernières étapes avaient un goût particulier. Elles annonçaient l’arrivée à Calvi. La fin de l’aventure. Le retour à la réalité. Pire. Retour à la civilisation. Mais étaient aussi d’une beauté à couper le souffle. Je marchais avec nostalgie, même si je n’avais encore pas tout à fait fini. Mon sourire ne me quittait pas. Cet accomplissement, je le savais, allait me marquer profondément.

Je décide de doubler les deux dernières étapes. C’est-à-dire que je fais deux étapes du GR20 en une journée. Etait-ce pour en finir plus vite ? En avais-je marre ? Pas vraiment. Je savais que c’était un effort dont j’étais capable et ça me donnait une journée de plus de repos à Calvi. Je l’ai donc fait. Longue journée mais quelle excitation d’arriver à la fin !!! Celle que je n’étais pas sûre de voir. Quelle fierté. Quelle joie !!

Pour conclure

La marche c’est pour moi un moyen d’évasion, de déconnexion ou plutôt de reconnexion. Au final, quand on marche, soit on pense moins, soit on pense mieux. Quel bien-être cela procure. Je n’en reviens toujours pas de mon exploit. J’ai une assurance et une fierté qui m’accompagnent depuis. Je trouve aussi toujours que ces expériences sont très allégoriques de la vie, et montrent au grand jour notre attitude face à elle. J’en ai beaucoup appris sur moi. Je sais maintenant que je peux gravir des montagnes, sens propre comme figuré, que j’ai un mental d’acier et un corps surpuissant.

Les infos pratiques pour marcher sereinement

  • Quand partir ? Entre avril et octobre, idéalement en juin ou septembre.
  • Dans quel sens faire le GR20 ? Tout dépend de la période et de votre mental. Certains préfèrent commencer par « le plus dur » (donc le Nord), d’autres par des passages moins techniques pour se chauffer (donc le Sud). Dans tous les cas, renseignez-vous à l’avance sur la météo !
  • Les sites utiles pour préparer son GR20 ? Le site officiel du GR20, la page Facebook pour se tenir au courant des actualités, la centrale de réservation pour booker sa nuit en refuge ou son emplacement de tente.

Des questions ? Adressez-les à Manon en commentaire de cet article et nous regrouperons les réponses dans cette partie !


Manon est chiropracteur et vit à Barcelone, en Espagne. Se lancer des challenges et des défis sportifs, c’est son truc 🙂


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